RAPPORT DE MISSION SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA GRAMMAIRE

 

                Vous avez certainement entendu parler dans les médias de ce rapport déposé par Alain Bentolila le 26 novembre. Lisez-le en le trouvant sur la toile : //media.education.gouv.fr/file/68/3/3683.pdf.

Je l'ai lu en espérant y trouver les réponses aux questions qui n'étaient pas résolues dans les programmes 2002 pour l'école élémentaire concernant l'Observation réfléchie de la langue (grammaire, conjugaison, orthographe, vocabulaire).

 

Voici mes remarques :

               

                Dans la première partie du texte, j'ai trouvé une ode à la grammaire qui me laisse perplexe : ça ne me permet pas de mieux comprendre les objectifs et les modalités de l'enseignement de la langue mais ça me renseigne sur les obsessions et le style des  auteurs - ou plutôt ceux d'Erick Orsenna que je pense être le principal auteur de cette partie -. Je suis restée un certain temps sur certaines phrases, comme celle de la page 3 : « Une langue qui se priverait du pouvoir de la grammaire livrerait ainsi ses énoncés aux interprétations banales et consensuelles fondées sur l'évidence, la routine et le statu quo ». Et vous, que comprenez-vous en lisant cette phrase ? Personnellement j'avais l'impression que la même grammaire servait à dire des choses fausses ou justes, banales ou géniales, évidentes ou originales et je ne vois pas comment on pourrait priver une langue de sa grammaire puisque la grammaire est  la mise en évidence des structures d'une langue à travers l'étude de ses multiples énoncés.

 

                La seconde partie est intéressante à mes yeux dans la mesure où elle quitte le terrain des déclarations lyriques pour entrer dans le domaine des propositions concrètes concernant l'enseignement.

1)       voyons d'abord le chapitre intitulé LES ENJEUX.

 

Plusieurs affirmations des auteurs ne me semblent pas correspondre à la réalité des classes :

         on a abandonné l'articulation logique de l'apprentissage, la progression au profit de la rencontre aléatoire des textes ; la séquence d'observation réfléchie de la langue est une sorte de parenthèse dans la lecture d'un texte

Je ne sais pas ce qui se passe au collège mais la connaissance que j'ai de l'école élémentaire me fait dire que pour le cycle 3, c'est faux :

-         Les enseignants suivent une progression. Si le document d'accompagnement des programmes de l'ORL était sorti officiellement, chacun aurait pu voir pour chaque notion la progression prévue sur le cycle 3 . Le livre de Michelle Ros-Dupont sur l'ORL, sorti en 2006, propose bien une répartition des objectifs et des activités du CE2 au CM ; les manuels qui se succèdent depuis 2002 donnent aussi des progressions... Et les groupes d'animation pédagogique qui fonctionnent dans certaines circonscriptions établissent des programmations.

-         Les enseignants ne mélangent pas littérature et l'ORL (grammaire, orthographe et vocabulaire) qui ont des horaires séparés. Ce qui en les empêchent pas de faire des remarques linguistiques quand les élèves lisent et écrivent, ce qui se produit dans toutes les disciplines;

 

La sortie contre la grammaire textuelle me semble largement exagérée :

         trop tôt imposée, la grammaire dite « textuelle » pervertit la relation naturelle au texte et rend chaotique l'étude du système grammatical

A l'école élémentaire, les programmes 2002 ont surtout voulu montrer que certains faits grammaticaux importants ne pouvaient pleinement se comprendre que si on avait sous les yeux un texte et non des phrases isolées ; c'est le cas évidemment des procédés de reprises (substituts d'un nom par un pronom ou un nom ou groupe du nom) ; des mots de liaison (conneceurs temporels, spatiaux et logiques) ; de l'emploi des temps verbaux ; de la fonction de la ponctuation. D'ailleurs dans la seconde partie du rapport, à plusieurs reprises on souligne cette évidence :

-         p.13 (cycle 2) « Au-delà du cadre de la phrase, il convient que l'élève  ... comprennent qu'un texte, aussi court soit-il, n'est pas une simple juxtaposition de phrases mais qu'il comporte des marques qui en tissent la cohérence... »

-         p.30 (cycle 3) « Dans une perspective textuelle, pouvoir remplacer par un pronom ou un équivalent lexical, un élément déjà cité, constituera la première manifestation de la cohésion textuelle...Toujours dans cette même perspective textuelle, ou au sein même de la phrase, on présentera les différents termes pouvant se substituer à un nom, un groupe nominal ou une expression... »

Evidemment, il n'y a qu'une grammaire et c'est pour organiser l'analyse que l'on distingue grammaire de phrase et grammaire de texte, sachant que le même fait grammatical, comme l'utilisation de et ou la reprise par il, peut exister aux deux niveaux. Cette attaque en règle de la grammaire de texte me semble absurde. Et s'il s'agit seulement d'affirmer qu'on va d'abord étudier le verbe dans la phrase avant de s'attaquer à l'emploi des temps dans un texte, c'est une telle évidence que ça ne méritait pas tous ces efforts.

 

Par contre, j'apprécie que la démarche qui caractérise l'observation réfléchie de la langue soit réaffirmée :

         Ce n'est pas parce que nous préconisons de respecter une programmation logique des leçons de grammaire que nous repoussons le choix pédagogique de l'observation, de la manipulation et de la réflexion. Loin de nous l'idée qu'une leçon de grammaire se réduirait à asséner une règle et à l'illustrer par un exemple.

Le fait de ne pas vouloir écrire les mots « observation réfléchie de la langue » et, par contre, de parler de « leçon de grammaire » tout en préconisant une démarche qui fait observer des phrases, les fait manipuler, fait réfléchir et proposer des explications provisoires, prête à sourire mais l'essentiel est dans l'affirmation d' une démarche proche de celle de l'enseignement des sciences (là encore la juxtaposition de « leçon de choses » et de « la main à la pâte » laisse rêveur...) qui prend la langue comme objet, la manipule et la questionne.

 

2)       Je vais tout de suite aux dix conclusions et recommandations, éclairées par des extraits des chapitres sur le cycle2, le cycle 3 et le collège.

 

         1. L'enseignement de la grammaire doit se fonder sur une progression rigoureuse allant du plus simple au plus complexe et du plus fréquent au plus rare.

On parle de progression et effectivement il serait très utile aux enseignants d'avoir une progression qui ait été bien pensée au lieu de devoir la bricoler en conseil des maîtres. Mais où est cette progression ? Il n'y a qu'un découpage par cycle. Faut-il penser que l'ordre où sont exposées les notions tient lieu de progression ? Nous avons besoin de cette progression.

 

         2. Au cours de l'enseignement de la lecture (sous-entendu au cycle 2),  la découverte des groupes fonctionnels sera le juste complément d'une identification précise des mots... On se contentera au CE1 de nommer le verbe, le groupe sujet, le groupe objet, le groupe lieu et le groupe temps. Leur reconnaissance se fera sur un critère de sens (même s'il s'agit d'une vérité provisoire) et sur des manipulations simples (commutation et permutation).

On remarquera qu'on est obligé ici de convoquer le sens pour faire de la grammaire et on se demande où se trouve la rigueur quand on mêle dans la même liste une classe, les verbes, une fonction, le groupe sujet, des éléments sémantiques, groupes de lieu et de temps, qui ne sont  ni des classes, ni des fonctions et un groupe objet difficile à définir. La fin du texte pour le cycle 2 est plus réaliste quand elle parle de la cohérence du texte à construire : « c'est de l'ordre de l'accompagnement attentif de la lecture » pour surmonter les obstacles qui risquent de faire perdre à l'apprenti lecteur « le fil chronologique, logique et anaphorique du texte » : Là , je suis d'accord, on est dans le vrai enjeu du cycle 2 et de l'apprentissage de la lecture.

 

         3. A l'école comme au collège, la leçon de grammaire et les exercices qui la concluent sont des éléments essentiels de l'enseignement de la langue, elle ne peut être assimilée à une séquence d'observation réfléchie de la langue faite à l'occasion de la lecture d'un texte.

On a vu précédemment, au moins pour le cycle 3, que l'ORL n'était pas confondue avec la littérature et avait un horaire individualisé. C'est donc une remarque qui n'apporte rien.

 

         4. La conduite d'une leçon de grammaire fera toute sa place à l'observation, à la manipulation et à la réflexion.

On a déjà noté positivement la conservation de la démarche d'observation réfléchie de la langue, avec l'affirmation renouvelée de l'intérêt de se poser des questions et de faire des essais en manipulant mots, groupes de mots...

 

         5. La programmation des leçons de grammaire doit obéir à la logique interne du système grammatical et ne saurait être laisée à l'aléatoire rencontre des textes.

Qu'est-ce qui est dit de plus ici que ce qu'on a déjà lu en 1 et en 3 ? Je trouve cette insistance ridicule, d'autant plus qu'on ne sait toujours pas qu'elle est cette merveilleuse logique interne.

 

         6. L'analyse grammaticale des phrases est la priorité de l'enseignement de la grammaire.

On avait bien compris que les auteurs voulaient réserver la grammaire de texte au collège, en dépit de leurs remarques  montrant que l'examen du texte était nécessaire pour de nombreux phénomènes grammaticaux. Grammaire de phrase à l'école primaire, grammaire de texte au collège : c'est simple mais il s'agit d'une fausse simplicité, toutes les analyses des grammairiens montre justement l'imposssibilité de limiter l'observation de la construction à la phrase, en laissant croire que le texte ne serait qu'une unité supérieure, faite d'une accumulation de phrases : il y interaction des phrases les unes avec les autres et, par exemple, on ne peut pas étudier les pronoms en position de sujet ou de complément sans examiner plusieurs phrases successives ; il en sera de même pour les déterminants démonstratifs, possessifs... Oui la grammaire de phrase est une priorité mais, pour cela, il faut très souvent examiner les phrases successives d'un texte.

 

         Le point 7 traite du collège.

 

         8. La terminologie grammaticale doit permettre aux parents et aux grands-parents d'accompagner sans difficulté l'apprentissage de leurs enfants et de leurs petits enfants. Les termes désignant les classes et les fonctions grammaticales doivent être simples, transparents et rigoureux.

         9. Ces termes feront l'objet d'une liste de références qui permettra d'éviter la dispersion et l'inconstance.

La référence aux parents pour justifier une terminologie simple et claire est, pour moi, totalement démagogique : il n'y aurait rien d'anormal à ce que les enfants d'aujourd'hui apprennent à l'école des choses dont les parents n'ont pas entendu parler vingt à trente ans (ou plus) auparavant (on pourrait citer l'informatique, l'anglais, certains sports, des notions de sciences...).

On a besoin d'un terminologie simple et claire, les élèves en ont besoin, les enseignants en ont besoin. Et surtout, on aimerait qu'elle soit commune au cycle 3 et au collège, utilisée par les manuels et les mémentos. Actuellement, le cycle 3 a une terminologie qui n'est pas très clairement délimitée par les programmes 2002 et le collège en a une autre, fixée en 1997 : donc oui à une terminologie simple, claire, rigoureuse (mais est-ce possible ?) et surtout commune et stable.

La troisième partie du rapport (p. 24 à 31) fait état de cette terminologie).

 

         Le point 10 évoque la formation des maîtres initiale et continue.

Quand on sait ce qu'est le nombre de jours de formation continue disponibles par enseignant, on doute que chaque enseignant puisse recevoir une formation sur la grammaire, sauf à considérer que tous les stages portent sur ce domaine pendant un bon nombre d'années, position totalement irréaliste !

 

3) On a parlé de ce qu'il y a dans le rapport mais il serait tout aussi intéressant de souligner ce qu'il n'y a pas dans le rapport.

 

         La grammaire bien seule : et l'orthographe et le vocabulaire ? et le savoir écrire ?

L'orthographe grammaticale est évoquée en six lignes page 21: c'est un peu léger ! Il y a cependant une remarque qui me plait beaucoup : « Il conviendra d'éviter de présenter des ensembles d'homophones tels que sont/son, c'est/ces/ses car cela introduit un doute orthographique là où la grammaire n'en laisse planer aucun. » Je suis absolument d'accord avec cette affirmation.

Mais comment peut-on traiter de l'enseignement de la langue sans dire ce qui est prévu pour le vocabulaire et l'orthographe ? Les auteurs révèlent ce faisant qu'ils défendent une cause, celle de la Grammaire, et non qu'ils se préoccupent réellement de l'enseignement de la langue française à l'école :

Que doivent savoir faire les élèves en fin de cycle 3 ? Comprendre ce qu'on leur dit et ce qu'ils lisent ; se faire comprendre quand ils parlent et qu'ils écrivent : encore faudrait-il fixer les compétences réellement attendues d'enfants de cet âge. Mais une chose est sûre, la finalité de l'étude de la langue, c'est le savoir écouter, savoir parler, savoir lire et savoir écrire.

Quand  les élèves étudient l'orthographe, chacun sait que c'est pour savoir écrire en faisant le moins d'erreurs possible dans les textes qu'ils écrivent. Quand les élèves font du vocabulaire, chacun sait qu'il faut connaître le plus de mots possibles et cerner au mieux leur sens et leur emploi pour mieux comprendre et être mieux compris. Mais la grammaire ? On sait que la grammaire est indispensable pour une partie importante de l'orthographe ; que le sens d'un propos est étroitement lié à la structure qu'on lui donne. Mais, pourquoi les auteurs du rapport ne parlent-ils à aucun moment de la grammaire en relation avec l'activité de rédaction ?

 

         L'enseignement de la grammaire : à quoi va-t-on en mesurer la réussite ?

Est-ce que la réussite d'un enseignement de la grammaire s'évaluera en fin de cycle 3 avec des exercices d'analyse grammaticale de phrases ? Ou est-ce qu'on la mesurera à la capacité de comprendre en lecture et d'écrire en rédaction les structures qui permettent d'exprimer le plus précisément possible un contenu donné ? Si c'est la première option qui est retenue, on retombera rapidement dans un enseignement formaliste ; de nombreux élèves feront fonctionner cette analyse à vide au lieu de se servir d'une connaissance sur les structures syntaxiques pour mieux comprendre et mieux s'exprimer ; s'amuser à mettre des étiquettes sur des mots ou des groupes de mots ne suffit pas pour bien lire et bien écrire. Dans ce cas, la leçon de grammaire qui est proposée est un retour en arrière puisque l'observation réfléchie de la langue dans les programmes 2002 est bien conçue comme un temps de travail sur la langue au service du mieux parler, mieux lire, mieux écrire.

 

 

         La grammaire explicite : la seule voie pour apprendre la langue ?

Les auteurs, non contents de traiter de la Grammaire comme si c'était la seule discipline d'étude de la langue et la clé de toutes les compétences ayant trait à la langue, font semblant d'ignorer tous les travaux universitaires et toutes les remarques des enseignants concernant l'apprentissage en général et l'apprentissage d'une langue en particulier.

Une remarque page 12 a attiré mon attention ; c'est à propos de l'apprentissage de la lecture au cycle 2 : « On ne peut pas supposer que les règles de grammaire dont un enfant fait implicitement usage lorsqu'il parle vont se réinvestir naturellement pour organiser la suite des mots écrits qu'il identifie. » Non seulement on peut le supposer, mais on le vérifie tous les jours ! L'apprentissage implicite est un moyen très puissant d'apprendre. C'est lui qui est à l'oeuvre quand les enfants apprennent à parler grâce aux échanges qu'ils ont dans le cercle familial. Pourquoi y a-t-il tant de différences entre élèves de maternelle en ce qui concerne le langage oral? Si l'on met de côté des différences de maturité liées à l'âge et au sexe, on voit que le milieu socioculturel des parents et leur disponibilité pour parler à leur enfant dans de multiples situations a fait la différence. Aucune famille n'explique à un enfant de trois ans ou moins ce qu'est un verbe, un sujet ou un complément ! Par contre, certaines lisent des livres à voix haute, et leurs enfants mémorisent inconsciemment les structures et les mots entendus : bien sûr, ils ne les réemploient pas immédiatement dans leur propre production orale, mais par la répétition des rencontres, tout ceci finira par passer dans le langage et facilitera la lecture et l'écriture. De même, certains parents reformulent une structure fautive (« il parle à moi » « on dit : il ME parle ») ; là encore, ce n'est pas en faisant une leçon de grammaire, mais bien en prononçant la structure ou le mot corrects  qu'ils chechent à implanter la connaissance de la langue. Quand les parents donnent des explications, c'est plutôt sur le sens des mots ; pour la grammaire, c'est l'exemple qui prévaut et la confiance dans la capacité du cerveau de l'enfant à rassembler ce qui est comparable (analogie) et à engranger toutes les structures possibles.

Cette capacité à fonctionner implicitement ne s'arrête pas le jour où l'enfant entre à l'école et cette dernière a intérêt à en tirer parti. De très nombreux apprentissages se font par imitation, par essai, approbation de la réussite et rectification de l'erreur, sans qu'on analyse le comment et le pourquoi. Nous parlons sans nous poser la question de la grammaire, ce qui ne veut pas dire que nous alignons des mots au hasard, mais la prise en compte de la structure est inconsciente et la mémorisation de tournures entières (stéréotypes) nous aide aussi.

Quand on met en place un enseignement explicite, comme celui de la grammaire, c'est qu'on suppose qu'il aura une efficacité supplémentaire sur l'apprentissage de la langue, que le fait de porter certains faits à la conscience aidera à mieux lire et mieux écrire, à savoir se relire et se corriger.

Mais pourquoi nier l'existence de l'apprentissage implicite et sa formidable fécondité ? Apprentissages  implicite et explicite peuvent coexister : il n'est jamais bon de mettre tous ses oeufs dans le même panier, surtout quand on a affaire à une diversité d'élèves telle qu'on peut présumer qu'ils n'apprendront pas tous exactement de la même façon.

 

         Les exercices de grammaire : s'exercer oui, mais comment ? et combien de temps ?

A propos de la leçon de grammaire, le texte évoque page 9 des exercices systématiques pour maîtriser le fait grammatical étudié, sans plus de précision. Comme les programmes 2002 définissaient la séance d'ORL comme « un moment de découverte... et non une série d'exercices répétitifs », on peut penser qu'on est là encore dans une négation sans le dire des choix des programmes 2002. Il ne s'agit pas de nier la nécessité de s'entraîner. Je dirais même que, dans la mesure où l'on reconnaît l'importance des apprentissages implicites, s'entraîner à faire, plutôt que de discourir sur, est un moyen pour apprendre. Encore faut-il se mettre d'accord sur les conditions de cet entraînement.

Prenons les exercices classiques des manuels (trous à combler ; mots à assembler ; transformation à réaliser...) : ils sont le plus souvent conçus comme des exercices de contrôle ; certains élèves les réussissent, ceux-là se sont entraînés ; mais ceux qui les ont ratés ? Ils ne se sont pas entraînés – car on ne peut pas dire qu'on s'entraîne à faire quelquechose quand on la rate – et c'était les élèves qui en avaient le plus besoin. D'où la réflexion suivante sur les exercices d'entraînement : ou on place les élèves dans une situation de réussite, en instituant une procédure et des outils adéquats ; ou on multiplie les situations d'écriture (courte) où les faits de langue seront réinvestis, en ne s'attendant pas à une réussite immédiate, mais en tablant sur la répétition pour arriver progressivement à une réussite à long terme.

C'est surtout vrai pour l'orthographe mais ça l'est aussi pour la grammaire : laisser croire qu'une leçon sur le sujet du verbe, même en se limitant à une phrase canonique du style « Des roses jaunes embaument le salon » (donnée à des évaluations nationales CE2 et sixième), suivie de quelques exercices règlera la question une fois pour toutes est totalement illusoire.

Si on vise des savoir faire (bien construire un texte et les phrases de ce texte ; bien orthographier), il faut s'armer d'une longue patience, ne pas lâcher prise et mesurer les progrès sur l'ensemble de la scolarité obligatoire (du CP à la troisième). Pour aider les élèves, il faut mettre en place des procédures à répétition pour travailler implicitement et explicitement ces savoir faire.

Laiser croire que l'établissement d'une nomenclature commune et d'une progression précise (encore à définir) en grammaire suffira est absurde : beaucoup d'enseignants par le passé ou aujourd'hui ont conduit des leçons de grammaire, ont fait faire des exercices systématiques et se sont lamentés devant le non réinvestissement par les élèves de ce qu'ils estimaient leur avoir appris.

******

On a pu voir que ce rapport en l'état pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses.

Faire évoluer les programmes est une des fonctions que doit assumer le ministère de l'éducation nationale. A notre humble place, nous souhaitons qu'il se donne les moyens de connaître les effets des programmes en cours, d'analyser les causes des réussites et des échecs de ces programmes, de prendre en compte les avis des enseignants et des inspecteurs, d'entendre les avis des formateurs, des chercheurs et des associations qui travaillent et réfléchissent sur le sujet depuis des années, qu'il s'informe de ce qui se fait dans les pays voisins...

Cette requête est faite sans illusion tant l'existence de ce rapport semble relever d'une volonté idéologique plus que d'un souci d'efficacité technique, ce que tend aussi à montrer la précipitation avec laquelle on nous annonce une réforme des textes sur la grammaire alors que la publication du document d'accompagnement des programmes 2002 sur l'ORL a été empêchée, privant les maîtres d'un outil indispensable. Si les réformes des programmes de l'école élémentaires se succèdent à ce rythme (2002 – 2006) et sur de telles bases, il ne faudra pas s'étonner si les enseignants, les inspecteurs et les formateurs suivent en ordre dispersé : ceux qui continuent à enseigner « comme avant » (et qui comptent sur la réforme suivante pour leur donner raison ) ; ceux qui virent de bord sans nécessairement savoir pourquoi ; et la masse qui bricole en perdant confiance dans l'Etat français et son administration.    

 

Françoise Drouard, inpectrice honoraire.

 

Annexe : la terminologie grammaticale proposée par le rapport

 

1) les classes :

                lexicales :

                                le nom                                     commun/propre

                                le verbe                                   action/état

                                l'adjectif qualificatif                simple/composé

                                l'adverbe

                grammaticales :

                                les déterminants                           articles définis/indéfinis/ + partitifs (collège)

                                                                              possessifs

                                                                              démonstratifs

                                                                              numéraux

                                                                              indéfinis

                                                                              interrogatifs

                                                                              exclamatifs

                                les pronoms                 personnels

                                                                              possessifs

                                                                              démonstratifs

                                                                              numéraux

                                                                              indéfinis

                                                                              interrogatifs

                                                                              relatifs

                                les connecteurs                            prépositions

                                                                              conjonctions subordination/coordination

                                                                              + certains adverbes (collège)

                                les interjections (collège)

2) les fonctions :

                sujet du verbe

                + attribut du sujet (collège) avec les verbes attributifs : être, paraître, demeurer, rester, sembler, avoir l'air,                                                passer pour, naître, vivre, tomber)

                compléments

                                du verbe ou compléments essentiels

                                               complément d'objet direct

                                               complément d'objet indirect

                                               complément essentiel d'attribution avec les verbes de don et de dire

                                               complément essentiel de temps et de lieu

                                               complément d'agent : complément du verbe au passif (fin du cycle 3)

                                de phrase ou compléments circonstanciels

                                               de lieu

                                               de temps

                                               de cause

                                               de manière

                                du nom                 et les différentes manières d'enrichir le groupe nomunal (complément de nom, fonction                                                        épithète de l'adjectif qualificatif, proposition relative déterminant un nom)

 

3) les groupes constituant la phrase :

                le groupe nominal

                le groupe verbal

 

4) les types de phrases :

                déclarative

                interrogative

                injonctive ou impérative

                exlamative

                combinées aux formes affirmative/négative

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